20
À chacun sa quête

Dès son arrivée sur Mésa, sans même qu’il ait à lever le petit doigt, Saül avait vu ramper à ses pieds les sorcières d’eau et les nixes. Sans attendre, il demanda aux sorcières une description des habitants de l’unique monde aquatique de Darius, s’assurant ainsi que seuls les tritons, les vouivres et les sirènes représentaient un réel danger. Toutefois, l’aide des nixes et des sorcières serait clairement insuffisante pour parvenir à ses fins, d’autant plus que les premières étaient d’une incroyable stupidité et les secondes, en sous nombre. Le sorcier devrait rapatrier une partie des hybrides envoyés vers Elfré, de même qu’une part de ceux restés sur Dual, mais lesquels ? C’est ce dont il discutait présentement avec Fonzine et Fabius.

— Pour poursuivre les vouivres dans les cieux, nous aurons besoin des hommes-poissons, des tritons qui ont choisi de vivre sur Dual à l’époque de la Grande Séparation, à cause d’une guerre intestine qui a divisé leur peuple, des harpies et des stryges. Nous pourrons ensuite domestiquer magiquement une partie de la faune aquatique particulière dont les léviathans, les krakens, les serpents de mer et les grands requins. Nous devrons par contre nous méfier des kelpies, qui risquent de refuser notre intrusion. Pour les vélues, je ne sais pas.

Saül opina du chef. Ils excellaient tous les trois à contrôler mentalement la majorité des animaux. S’ils soumettaient les créatures marines de Mésa à leur volonté, il n’aurait besoin des hybrides que pour terminer le travail, ce qui permettrait de sauver un grand nombre de combattants qui auraient normalement perdu la vie dans les multiples batailles qui précèdent toujours une victoire.

— Fonzine, tu n’as pas besoin de moi pour réunir les hybrides. Dès que tu as terminé, fais-le-moi savoir par télépathie et je les ferai traverser. Fabius, tu veilles sur ta sœur.

Saül savait que la femelle avait parfois tendance à s’emporter et à oublier qu’elle n’était pas invincible, Fabius, malgré son intelligence limitée, était un garde du corps exceptionnel. Les Ybis quittèrent Mésa quelques secondes plus tard, alors que le sorcier se dirigeait vers la plus grande montagne de ce monde, sachant qu’elle renfermait la ville principale des nains. Il allait devoir faire preuve de doigté.

 

* *

*

 

— Nous vivons en paix avec tous les peuples depuis notre arrivée sur ce continent et nous n’avons pas l’intention de nous joindre à qui que ce soit pour dominer.

— Mais je ne vous parle pas de dominer, nuança Saül, faisant preuve de prudence. Je vous demande simplement de m’aider à me procurer certains métaux que l’on ne trouve plus sur Dual depuis…

— Vous auriez dû savoir que vous perdiez votre temps en venant ici. Quiconque a besoin des métaux extrêmement rares que vous avez mentionnés veut nécessairement s’approprier des pouvoirs ou des richesses auxquels il n’a pas accès autrement que par de puissantes formules ou d’extravagantes potions.

— Vous vous méprenez sur mes intentions, tenta de l’amadouer le sorcier une nouvelle fois, mais le chef des nains coupa court à l’argumentation.

— Cessez de me prendre pour un idiot ! s’emporta-t-il, sa voix tonitruante résonnant étrangement dans la caverne où tous deux s’affrontaient.

Herman avait beau n’être qu’une demi-portion du point de vue du sorcier, il ne s’en laissait pas imposer pour autant. Il dirigeait les nains depuis tellement d’années qu’il en avait vu d’autres. Ce n’était pas la première fois qu’un individu tentait de profiter de leurs connaissances dans un but inavouable.

— Je sais depuis longtemps à quoi peut servir chacun des gisements que nous exploitons et protégeons. Je ne suis pas aussi bête que les élémentaux de la terre, ces êtres qui n’ont pas encore compris l’importance réelle de ce sur quoi ils veillent.

— Justement, le contra Saül, décidant subitement de jouer franc-jeu devant l’intransigeance de la petite créature. Vous êtes des forgerons capables de transformer le plus insignifiant des métaux en une arme des plus magnifiques, sans compter les pouvoirs particuliers que vous êtes habilités à lui transmettre. Pourquoi n’utilisez-vous pas ce don extraordinaire pour vous tailler une place de choix au lieu de vous cacher sur Mésa, où votre talent ne sert plus à rien ?

L’idée de tant de capacités ainsi gaspillées horripilait le sorcier.

— Parce que nous refusons de nous rendre responsables de la mort de milliers d’innocents qui souhaitent simplement vivre en paix, tout comme nous.

Sur ce, le nain tourna les talons, non sans avoir d’abord indiqué la sortie à Saül d’un geste de sa main flétrie. Pour lui, la discussion était close. Le sorcier quitta les lieux d’un pas rageur, se promettant de revenir mieux préparé et surtout moins disposé à négocier.

 

* *

*

 

Comme les hommes qui accompagnaient Yaël pouvaient se déplacer magiquement, la troupe était revenue de son expédition après une discussion animée sur ce qu’il convenait de faire. Grâce à leur capacité commune à communiquer par télépathie, ils avaient décidé de se disperser de façon stratégique le long des côtes et de rendre compte de ce qui se passait à Yaël au moins deux fois par semaine. Dès que l’un d’entre eux remarquerait le moindre agissement suspect ou le plus petit signal de rébellion, ils se réuniraient de nouveau. Toutefois, si le temps ne le permettait pas, ils se déplaceraient tous pour défendre la ville en cause ou enquêter.

Maintenant que chacun avait quitté le lieu de rassemblement pour la portion de territoire dont il avait la charge, Yaël réfléchissait à son ancêtre, Mévérick. Contrairement à ce que les partisans de ce dernier avaient longtemps cru, le mécréant ne s’était pas caché dans les Terres Intérieures en attendant de reprendre sa quête de richesse et de gloire. Il avait perdu la vie dans un affrontement terrible alors que son plus fidèle compagnon, aussi commandant de son armée, s’était retourné contre lui un soir de beuverie. Las de toujours servir sans jamais en retirer aucun des bénéfices promis – ni femmes ni richesses –, l’homme avait finalement tué Mévérick dans un combat singulier. La victoire d’Issaël lui laissa cependant un arrière-goût si amer qu’il s’enleva la vie peu de temps après, abandonnant une armée déjà affaiblie et la laissant sans dirigeant. Loin à l’intérieur des terres au moment des tristes événements, la majorité des soldats ne retrouva jamais le chemin de la liberté et mourut en route. Parmi les rares qui survécurent, il y avait la femme de qui naîtrait l’ancêtre de Yaël. Un homme parmi les dizaines de bâtards que l’Être d’Exception avait semés au cours de sa vie.

Les récits parvenus jusqu’au dernier descendant dataient de la mort de Mévérick, à un mois à peine de l’objet de sa quête : le trône d’Ulphydius. Seul à la lisière de la forêt dans laquelle il se terrait, Yaël se demandait ce que son existence aurait été si son ancêtre n’avait pas perdu la vie prématurément. En soupirant, il reconnut qu’il ne le saurait jamais, pas plus qu’il n’avait envie de connaître l’avenir sous la gouverne du nouveau détenteur des pouvoirs d’Ulphydius. Conscient que le petit groupe qu’il menait ne serait pas de taille à défendre l’univers de Darius, il espérait que Séléna tiendrait la promesse qu’elle lui avait faite récemment de lui trouver d’autres effectifs, beaucoup plus puissants. Il était sans nouvelles d’elle depuis un bon moment.

 

* *

*

 

Comme promis, Séléna ne revint pas seule chez la Recluse. Au bout de trois longues journées qui parurent un siècle à Morgana, la sœur ressuscitée de Mélijna se matérialisa dans son repaire accompagnée des spectres d’Hémélinie et de Miranda. Si l’ancienne Grande Gardienne fut extrêmement heureuse de revoir Morgana, Miranda demeurait pour sa part obstinément silencieuse. Au contraire d’Hémélinie, elle venait à peine de quitter ce monde et ne croyait pas y revenir si vite. Elle ne savait même pas si elle devait se réjouir de cette nouvelle chance ou s’en plaindre, elle qui n’avait eu qu’une vie malheureuse. Elle avait désespérément besoin de réfléchir à tout ça et elle se volatilisa quelques minutes à peine après son arrivée. Sachant comment communiquer avec elle, Séléna ne tenta pas de la rejoindre, comprenant qu’elle pouvait avoir besoin de temps pour accepter sa nouvelle situation, de même que les responsabilités qui s’y rattachaient.

Si les deux spectres et la Recluse échangèrent un temps sur le passé, elles revinrent rapidement à leur préoccupation première : retrouver les médaillons dispersés sur la Terre des Anciens. À la surprise générale, Hémélinie proposa une solution très simple à ce que Séléna et Morgana voyaient comme une mission quasi impossible.

— Qui est la Grande Gardienne maintenant ?

— Personne n’a encore remplacé Maxandre, répondit Morgana. À moins que Naïla n’ait réussi sans que je le sache. Pourquoi cette question ?

— Parce que la Grande Gardienne a le pouvoir de repérer les médaillons des Filles de Lune. Elle a besoin d’une simple formule pour le faire ! Et ça nous simplifierait singulièrement la tâche. Qui est Naïla ?

Les heures suivantes furent consacrées à l’histoire de l’Élue qui avait traversé de Brume au cours de la dernière année. Quand la magicienne eut terminé, Séléna conclut en disant :

— Une visite chez les Chinorks répondra à notre question. Yodlas aura été le premier au courant si elle est la nouvelle Grande Gardienne. Je propose de m’y rendre avec Hémélinie. Notre condition éthérée nous dispense même de l’ascension ; nous pouvons apparaître directement au village…

— Si Miranda revient pendant notre absence, sois patiente avec elle. Elle a eu une vie éprouvante, comme tu le sais, et elle semble douter de ses capacités à nous aider. Le mieux serait qu’elle perçoive son retour comme une chance de faire la connaissance de la précieuse descendance à qui elle a permis de voir le jour. Elle rêve depuis tellement longtemps de les rencontrer.

Morgana hocha la tête en signe d’assentiment. Elle comprenait mieux que quiconque la détresse de la Fille de Lune Maudite…

 

* *

*

 

Wandéline et Foch cherchaient le moyen de réaliser plus rapidement la potion de Vidas sans qu’elle perde de son efficacité. Ils n’ignoraient pas que réussir la mixture n’était que la première étape. Il leur faudrait ensuite concocter un contre-sortilège à partir du précieux breuvage. Par contre, ils pensaient ne pas avoir besoin de plus de quelques jours – au pire, quelques semaines. - pour accomplir le second exploit.

— Plus je réfléchis, plus j’ai l’impression que ça ne mène nulle part, grommela Foch pour la centième fois. Comment veux-tu diminuer le temps demandé sans qu’on soit obligé de recommencer ? Tu imagines le…

— Assez, Foch ! Si j’avais su que tu grognerais autant, je t’aurais laissé figé jusqu’à ce que j’aie terminé !

Wandéline lança à Foch un regard assassin et retourna farfouiller dans sa bibliothèque.

— Si seulement nous pouvions nous débarrasser du problème que pose cette fichue formule, nous pourrions nous pencher sur le secret d’Ulphydius et essayer la potion que tu as concoctée pendant mon voyage dans les îles de Hasik.

Étonnamment, Wandéline ne répondit pas, faisant mine de se concentrer intensément sur un volume qu’elle venait tout juste d’ouvrir. Elle n’avait pas parlé au Sage de la visite de Saül pendant son absence et encore moins de la disparition d’une fiole de la précieuse potion. Elle ne voyait pas comment elle pourrait le lui expliquer sans déclencher une avalanche de questions.

— Hmm, fit-elle pour toute réponse avant de changer délibérément de sujet, espérant que Foch n’y voie que du feu. Tu as pensé au problème que pose le contre-sortilège ? Il y a trois façons différentes d’en préparer un, mais nous n’avons guère le temps de les essayer toutes pour trouver la plus efficace. Qu’est-ce que tu proposes ?

L’hybride fronça les sourcils. Il avait parfaitement saisi le manège de sa consœur. Il se promit de revenir à la charge dès qu’il aurait réglé cette question de contre-sortilège. Il ne s’empêcha pas de remarquer, par contre, guettant sa réaction :

— Ça fait déjà deux fois que tu éludes mes demandes à propos du secret d’Ulphydius, Wandéline.

Il la vit arrêter son mouvement pour tourner une page, mais elle haussa les épaules et lui sourit d’un air faussement insouciant.

— Probablement parce que je juge qu’il y a plus important…

Sourire en coin, Foch revint au contre-sortilège.

— J’y ai beaucoup réfléchi et j’en suis arrivé à la conclusion qu’il n’y a qu’une seule méthode possible. Et ce, pour les mêmes raisons que l’on ne pouvait distiller les ingrédients de la formule comme nous l’avons pourtant fait pour ceux de la potion de vision parallèle ; à cause des éléments provenant d’êtres pensants.

— Ce qui nous laisse la solution la plus complexe, se découragea la sorcière, celle qui demande trois jours et trois nuits de travail ininterrompu. Il va falloir que nous soyons parfaitement préparés, avec tous les ingrédients à portée de la main et du bois pour alimenter le feu – parce que l’on ne peut utiliser un feu magique. Si je me rappelle bien, il faut forcer l’évaporation totale des liquides de la potion, tout en y ajoutant les cinq ingrédients essentiels à la fabrication d’un contre-sortilège pour finalement obtenir une pâte compacte que l’on fera sécher pour la dissoudre dans une grande carafe de…

— … sang de dragon, conclut le Sage en grimaçant. Moi aussi, c’est à ce moment que je déchante chaque fois. Ce n’est pas pour rien que personne ne se sert jamais de ce contre-sortilège ! Où veux-tu que nous trouvions du sang de dragon frais dans l’univers des Anciens ?

 

* *

*

 

Avançant toujours dans le sillage d’Alejandre, Madox songeait de plus en plus souvent à Naïla. La seule chose qui fût certaine, c’est qu’elle était en vie puisqu’il avait pu la repérer à quelques reprises sur la Terre des Anciens. Il s’abstenait cependant de se rendre sur place puisqu’il n’avait nulle envie de se retrouver face à face avec Alix. Bien qu’il regrettât de s’être emporté, il en voulait tout de même à son ami de ne pas avoir accepté d’emblée de protéger Naïla, obligeant la jeune femme à vivre des expériences traumatisantes. Il s’en voulait également pour la mort de Laédia et rageait de constater son impuissance face au destin tragique des membres de sa famille, Plongé dans ses pensées, il ne remarqua pas que les chevaux et les valmyres s’étaient arrêtés brusquement. Il sursauta donc quand sa monture s’immobilisa après que le cavalier qui le précédait n’eut pas apprécié de se faire bousculer.

— Qu’est-ce qui se passe ? murmura le Déüs tout en cherchant à voir la cause de cet arrêt en plein après-midi.

Madox ne voyait rien, mais il entendit des rumeurs naître dans les rangs concernant des vers de sable, ce qui ne l’étonna qu’à demi. Jusqu’à présent, les troupes du sire de Canac avaient été épargnées par toutes les créatures qui peuplaient le désert, sans que le jeune homme comprenne pourquoi. Il lui semblait normal que la chance tourne.

Il recommanda à Mayence et à Frayard de se maintenir au centre des troupes. Les vers de sable étaient l’une des rares espèces diurnes du désert. Ils se déplaçaient souvent en groupe de cinq et, une fois jaillis du sol, ils encerclaient leurs proies pour les happer dans leur gueule béante, dépourvue de dents, mais dégoulinante d’une bave acide favorisant la digestion des armes et des vêtements des malheureux ainsi aspirés.

Des cris de terreur autant que de douleur résonnèrent bientôt. Les hommes et les mancius dégainèrent, obligés de tenir leur épée pointée vers le sol pour éviter de blesser leurs voisins alors que les rangs se resserraient de plus en plus. Madox comprit que rester au centre n’était peut-être pas une idée aussi géniale qu’il y paraissait puisqu’il risquait maintenant de mourir écrasé. Il revint donc sur sa décision et prévint ses deux acolytes du danger. Alors qu’il atteignait la ligne de front, il fut désarçonné. Le jeune homme se releva promptement, pour éviter de mourir piétiné, et joua des coudes pour gagner l’air libre. Il dut lutter contre le mouvement de masse qui le repoussait vers l’arrière. À deux reprises, il remarqua avec horreur qu’il marchait sur un corps, mais s’arrêter pour porter assistance au malheureux eût été de la folie. Il fonçait toujours quand une douleur cuisante au bras lui arracha un juron. Il leva la tête et comprit l’origine de la brûlure. Au-dessus de la cohue, une gueule écœurante déversait d’énormes gouttes de salive nocives. Il n’avait plus le choix.

Tandis que le ver se penchait brusquement, ayant manifestement choisi une autre victime, Madox courut vers l’autre extrémité de l’invertébré. Par télépathie, il appela Mayence, sachant que le mancius pourrait s’éclipser magiquement sans attirer l’attention. Son statut de Déüs lui permettait de guider un être jusqu’à lui ; il le fit donc pour le mancius palmé. Dès l’apparition du mutant, il lui demanda d’utiliser son épée, rougie du feu de Phédé, pour trancher la queue du ver.

— Le seul moyen de se débarrasser de ces bestioles, c’est en perforant leurs corps à divers endroits, cria Madox à son compagnon. Une fois que tu auras coupé la queue, il te faudra faire le plus d’entailles possibles. Tu distancieras chacune de deux longueurs d’épée. Chaque anneau dont l’invertébré est composé est un réservoir vital. Tu as saisi ?

Le mutant acquiesça, leva son arme en même temps que Madox puis l’abattit. Ce que ce dernier cria ensuite se perdit dans le mugissement terrible de la bête, qui venait de perdre une part d’elle-même en plus d’hériter d’une profonde entaille. Du coup, le ver se tortilla dans tous les sens, balayant tout ce qui se trouvait sur sa route, Madox y compris. Frappé en pleine poitrine, le Déüs, en eut le souffle coupé. Il se retrouva sur le dos, englué dans le liquide visqueux qui s’écoulait abondamment des deux plaies infligées. Tant bien que mal, il se releva, mais la bête qui cherchait la source de ses ennuis le repéra rapidement. Il esquiva de justesse la gueule qui fondait sur lui, mais il fut éclaboussé d’une giclée de bave. Il hurla sa douleur tout en enfonçant son épée à l’aveuglette.

Il la ressortit sans attendre puis recommença alors que le corps mou ondulait dangereusement. Il lui aurait fallu être sur le dos de l’invertébré pour mieux réussir, mais il ne voyait pas comment grimper alors qu’il avait besoin de toute sa concentration pour simplement esquiver les mouvements désordonnés.

— Imbécile, grogna-t-il soudain en réalisant qu’il pouvait utiliser la magie pour se hisser sur le dos de la bête.

À peine posé, incapable de se tenir debout sur la peau flasque et gluante, il bascula vers l’avant, son épée pénétrant la chair une fois de plus. Le Déüs s’arrima à la garde de l’arme enfoncée pour ne pas chuter alors que le ver s’énervait sérieusement. Il réfléchissait à toute allure, cherchant une autre façon de meurtrir le monstre qui se tortillait pour se débarrasser du parasite qui le harcelait. Heureusement, Madox demeurait inaccessible à la gueule affamée. D’un regard, il embrassa la scène.

Trente à quarante mètres de muscles se mouvaient, cible immense et combien dangereuse, mais surtout difficile à atteindre pour les combattants. Madox les voyait courir au sol, risquant de mourir écrasés après chaque coup porté. Dans l’incapacité de charger une nouvelle fois sans son épée qui lui servait d’ancre, le Déüs aggrava magiquement la blessure qui s’agrandit lentement. Trop lentement au goût du jeune homme qui sentait ses mains moites menacer de lâcher prise. Dans un ultime effort, il transmit à son arme une magie semblable à celle du feu de Phédé. Mal lui en prit ; l’arme devint anormalement chaude et obligea Madox à ouvrir les mains. Mais au lieu d’être projeté par le mouvement de la créature comme il le souhaitait, il glissa lourdement le long d’un anneau jusqu’au sol, où l’invertébré passa sur son corps sans même s’en rendre compte.

* *

*

— Rassemblez les blessés et ne soignez que ceux qui en valent la peine, trancha Alejandre sans empathie aucune. Je ne veux pas d’éclopés, ni de morts-vivants dans mes rangs. Quiconque n’est plus en mesure de suivre sans causer de problème doit être éliminé sans pitié. Et ne m’obligez pas à le faire moi-même, termina-t-il en jetant un œil à celui de ses guérisseurs qu’il savait le plus sensible.

La mort dans l’âme, les hommes se mirent à la tâche, sachant que de leur obéissance dépendait leur survie. Autour d’eux, des centaines de corps jonchaient le sol, la plupart déjà sans vie. Beaucoup de soldats étaient morts bêtement piétinés dans la bousculade qui avait suivi l’apparition des cinq vers de sable. Par contre, lorsqu’on gagnait les pourtours du cercle inconsciemment formé par les guerriers, les cadavres baignaient dans une boue infecte empestant le sang. Les viscères répandus des vers côtoyaient sans distinction les membres humains ou mancius dans un amalgame répugnant. C’est au chœur de ce chaos que Mayence et Frayard retrouvèrent Madox pour le soustraire au courroux du sire.

 

Quête d'éternité
titlepage.xhtml
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_000.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_001.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_002.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_003.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_004.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_005.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_006.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_007.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_008.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_009.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_010.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_011.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_012.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_013.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_014.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_015.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_016.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_017.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_018.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_019.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_020.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_021.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_022.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_023.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_024.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_025.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_026.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_027.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_028.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_029.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_030.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_031.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_032.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_033.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_034.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_035.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_036.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_037.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_038.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_039.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_040.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_041.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_042.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_043.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_044.html
Tremblay,Elisabeth-[Filles de lune-4]Quete d'eternite(2010).French.ebook.AlexandriZ_split_045.html